"J’assure toute sa famille de mes prières...
"J’assure toute sa famille de mes prières quotidiennes. Un jour le Togo renaîtra!
12 ans et déjà tué le 15 avril 2013 au Togo.
J’ai vécu à Mango, j’ai eu douze ans et je ne suis déjà plus !
Ce lundi matin j’ai suivi mes camarades pour aller hurler dans la rue car je voulais aller à l’école.
Il était 10h, dans le vent qui giflait nos visages, ce soleil qui réchauffait mes boyaux vides d’aliments, une balle toute moderne qui ne rendra compte à personne est venue m’arracher à l’aube de mes promesses.
Ma courte vie faite de misère et de sable s’est ainsi arrêtée.
12 ans, il y a encore quelques heures, je n’avais pas conscience de la mort, j’aurais pu dire au revoir à ma vielle et laide Mâ !
Mâ a dit qu’au Togo, le président fondateur de mon pays, grâce à ses efforts soutenus, a vaincu la pauvreté en ce qui me concerne, je n’ai connu que l’abyssale misère.
J’ai du mal à croire que ma mère a réellement rencontré la pauvreté. Parfois je rêve d’éprouver cette période faste où elle dit qu'on pouvait manger deux repas par jour.
12 ans, à peine mes dents de lait tombés, j’ai entamé une vie bien torturée de paupérisme décorée d'un long cortège de morts inhumaines accompagnant ma si courte vie.
Il y a quelques jours encore, un communiqué de notre vaillante armée disait que deux jeunes hommes forcés de mourir dans la lagune de Lomé s’étaient au fait réfugiés dans le ventre de la lagune jusqu’à ne plus avoir d’oxygène quand ils ont vu des soldats. Qui osera douter de cette version, de toute façon ,je suis trop jeune pour tout comprendre ?
Mon problème est que depuis plus de deux semaines, je n’ai plus de cours. Mes enseignants n’arrivent plus à faire semblant d’enseigner.
Voilà pourquoi de nos frêles vies, nous avons décidé d’aller marcher en ville.
Notre enseignant Monsieur Laré m’a dit que Monsieur Napo a cessé de venir puisqu’il ne tenait plus debout, faute d’aliments.
Ce temps fiévreux de notre action a été bref, au fait il n’a duré en réalité qu’une matinée, juste le temps que la balle du soldat de notre président fondateur trouve la route de ma poitrine décharnée en formation.
Ce matin ils m’ont tué, peut-être ai-je ouvert le chemin de la délivrance, ici, sous le soleil de Mango ? Ce soleil d’où éclate la vie ?
Je suis parti, mais je garde le souvenir d'un Togo renaissant, certes il renait depuis cinquante ans selon mon professeur d’histoire, mais moi je suis né dans un pays dont la vie est martyrisée par la faim et le dénuement.
J'ai oublié de me présenter, m’appelais Sindare Gouyano , j’allais au collège et j’avais 12 ans, un âge suffisant pour mourir tel un chien !" (Micky John)